Des fromages qui ont du caractère
Dans le bocage, le fromage n’est pas un produit, c’est une habitude heureuse. Un geste quotidien, un goût qui raconte les prairies, les haies, les fermes et les saisons. Pour s’en convaincre, il suffit de mettre sur la même table trois caractères bien trempés, chacun à sa manière : un bleu tout en finesse du côté de Tinchebray ; le Carrouges, une pâte pressée cuite gourmandise rustique, et un chèvre frais lumineux né au creux des Gorges de Villiers.
Le Bleu de Saint-Jean, d’abord, a ce talent rare. Affirmer son identité sans prendre toute la place. On est bien sur un persillé, avec ce qu’il faut de personnalité, mais la bouche reste ronde, souple, presque beurrée. C’est le genre de bleu qui se laisse apprivoiser, et qui révèle autant de choses sur une simple tranche de pain de campagne que dans une assiette plus travaillée. Avec une poire, quelques noix, ou même une pomme du coin, il joue l’accord local sans effort, comme si tout avait été prévu pour lui.
À l’autre bout du spectre, le Carrouges apporte la profondeur. Fromage de vache à pâte pressée cuite, il a cette texture ferme et rassurante qui donne immédiatement envie de couper une dernière lamelle. Son goût s’installe, franc mais élégant, avec des notes qui s’arrondissent à mesure que l’affinage fait son travail. Il est aussi à l’aise en copeaux sur une salade qu’en cubes à l’apéritif, et il devient franchement irrésistible fondu dans un sandwich. Le Carrouges, c’est le fromage qui prouve qu’on n’a pas besoin de chichis pour faire sérieux et gourmand.
Et puis il y a le chèvre frais des Gorges de Villiers, le fromage des beaux jours, celui qui se mange avec la même évidence qu’une promenade au bord de l’eau. Tout est dans la fraîcheur. Une pâte tendre, une douceur lactée, parfois une pointe acidulée qui réveille le palais. Sur une tartine, il accepte tout. Un filet de miel, des herbes, un peu de sel, quelques radis croquants. Il fait partie de ces produits qui ne cherchent pas à impressionner, mais qui finissent toujours par gagner, parce qu’ils sont justes.
Trois fromages, trois façons de dire la même chose : ici, le terroir ne se contente pas d’être beau. Il se mange, et il se partage.